ULIVIERI STIOZZI RIDOLFI, S. (2021). L’héritage fécond d’une pensée à contre-courant. Entre éducation et psychanalyse, relire Sándor Ferenczi aujourd’hui. LE COQ HÉRON, 3(246), 89-98.

L’héritage fécond d’une pensée à contre-courant. Entre éducation et psychanalyse, relire Sándor Ferenczi aujourd’hui

Stefania Ulivieri Stiozzi
2021

Articolo in rivista - Articolo scientifico
Scientifica
Aujourd'hui, comme à l'époque des études pionnières entreprises par Ferenczi, l'amour de soi n'est ni encouragé ni soutenu collectivement. Le caractère compétitif de la société actuelle crée des zones de compensation, des boucs émissaires sur lesquels déverser l’agressivité et, aujourd'hui comme alors, bien qu'à travers des formes symboliques modifiées, un semblant de l’amour de soi est conquis la plupart du temps au détriment de l'autre. La crise du « Visage de l'Autre » (Levinas, 1984), l'absence d'une dynamique de reconnaissance et de respect dans les relations traverse encore les formes de liens sociaux de notre temps. Ferenczi réfléchissait déjà, il y a près de cent ans, à la manière dont une éducation éclairée pouvait reconstruire les coordonnées d'une société plus juste et plus équitable. Une société où il est possible de penser qu’à l’origine de tout processus d’autonomie personnelle et sociale une « dépendance démocratique » (Fornari, 2012) soit admissible et légitime. La relation entre dépendance et autonomie, dans une optique intrapsychique, intersubjective et transsubjective, déjà présente dans le travail de Ferenczi continue à être, dans la société actuelle, un problème pressant de l’éducation. Dans le pouvoir inhérent à cette dynamique non résolue se dissimule la violence du traumatisme, sa répétition intergénérationnelle dans la famille tout comme dans les modèles d'éducation qui guident les professions éducatives et les cultures institutionnelles dans les écoles et dans les services éducatifs. La contribution que nous proposons entend réfléchir sur ces regards qui se croisent dans le temps, sur les sociétés et sur les modèles d'éducation, non sans reconstruire et analyser les phénomènes de répétition qui s'accompagnent inévitablement de la violence. La déclaration de Ferenczi : « savoir c’est pouvoir » [...]. Seule la connaissance complète de nous-mêmes, fournie par l'auto-analyse méthodique, nous permet de dominer nos émotions et nos passions, de ne pas être à la merci des complexes de représentations inconscientes lourdes d'affects » (Ferenczi, 1909a, p.57) nous guidera tout au long de ce parcours de réflexion. Aujourd'hui, une professionnalisation par l'expertise en éducation mène à « déterritorialiser la vie » (Benasayag, 2015) et la souffrance, à sous-estimer l'écoute et le soin de soi de l’éducateur et à lui légitimer une « cécité intérieure » (Ferenczi, 1908d), une incapacité à écouter son propre contre-transfert par rapport à la souffrance des personnes avec lesquelles il travaille. Les liens familiaux, empreints d’une bonté à la limite de la passion, contrepoids à la cruauté dénoncée par Ferenczi à l'époque, révèlent une ambiguïté analogue et posent le besoin de préciser le vécu de l’enfant dans l'expérience de l’adulte. En outre, s'il est intéressant d'explorer l'imagination des adultes sur l'enfance à l'époque de sa disparition, il est tout aussi intéressant de réfléchir sur le corps et sur le contact, deux dimensions sous-estimées dans l'éducation, et d’en réinterpréter le potentiel créatif par rapport à celle-ci. Ferenczi « éducateur » ? Une question à la limite qui veut relire l'héritage d'un psychanalyste dont le talent, l'ingéniosité et le courage expérimental ont ouvert la voie à une recherche rigoureuse et en même temps poétique, à la frontière entre science et connaissance de soi, lui permettant de se concentrer sur l'importance du milieu réel dès la naissance et sur l’importance des messages inconscients véhiculés par des formes de dialogues muets afin d’en lire les implications dans l'éducation familiale tout comme dans les dispositifs de formation et dans les codes réglementaires qui régissent la communauté et le social.
éducation ,psychanalyse,affect, cure, parentalité, trauma, violence institutionelle;
French
ULIVIERI STIOZZI RIDOLFI, S. (2021). L’héritage fécond d’une pensée à contre-courant. Entre éducation et psychanalyse, relire Sándor Ferenczi aujourd’hui. LE COQ HÉRON, 3(246), 89-98.
ULIVIERI STIOZZI RIDOLFI, S
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Utilizza questo identificativo per citare o creare un link a questo documento: http://hdl.handle.net/10281/374641
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